13 novembre 2008
Hiroshima, le phoenix
En 1995, j'emmenais quelques camarades visiter Auschwitz-Birkenau. En 2008, j'ai emmené ma famille voir Hiroshima. Se rendre sur les lieux, graver dans sa mémoire ce qui s'y est passe, ressentir, tout cela est essentiel pour moi. Dans quelques années, la génération ayant vécu ces événements ne sera plus la pour témoigner : c'est a nous de prendre le relais pour nos enfants.
Le dome de la Bombe A, batiment qui se trouvait au dessus du point presume d'explosion de Little Boy et qui n'a pas ete souffle par l'explosion. Il est conserve en l'etat.
Non, je ne vais pas me lancer dans des élans lyriques : je ne pense pas avoir la plume suffisamment habile pour honorer la mémoire des victimes. D'autant que compte tenu du groupe que nous formions, il ne nous a pas été possible de visiter le musée (conçu par Kenzo Tange), écrin de leurs témoignages. Nicolas s'était pourtant dévoué pour surveiller Romane dans le parc de la Paix pendant que je visitais, mais j'ai été rappelée bien vite : offrir une glace au chocolat sans se munir de lingettes, pas malin malin....Ce changement de programme ne nous a pourtant pas empêché d'"apprécier" les lieux, et surtout de nous recueillir. Je vous livre nos quelques cliches ainsi qu'un lien vers le blog remarquable d'une journaliste. A lire !
Pour autant Hiroshima ce n'est pas QUE cela, bien au contraire... cette ville, littéralement renée de ses cendres, vibre aujourd'hui comme jamais. Son tram, dont certains rails sont encore enchâssés entre des paves, lui donne un petit air d'Amsterdam, on taille la bavette (comme on peut) avec les artistes de l'okonomiyaki (cette délicieuse crêpe japonaise où l'on met un peu de tout, fruits de mer, sobas, ciboulette...), attables directement a leur table de cuisson, et a quelques centaines de mètres du parc de la Paix, les arcades commerçantes sont arpentées par des jeunes qui n'ont rien a envier a leurs compères d'Harajuku. J'ai d'ailleurs appris en découvrant ce blog que la ville était classée 133e parmi les 200 villes classées par le Lonely Planet. Comme il est dit dans cet article, les touristes viennent pour la bombe et y découvrent une ville dynamique et chaleureuse... (soupir de la mere de famille qui n'a pas pu tester le clubbing a Hiroshima...)
J'ai aime Hiroshima, pour sa dignite, sa force et son elan.
PS : nous avons loge dans un ryokan tres basique, mais charmant et surtout dans une "suite" de deux pieces distinctes, avec toilettes, lavabo et un frigo, separee de la maison principale. Lorsqu'on voyage avec des enfants bruyants, c'est fort appreciable. L'hotesse ne parlait pas un mot d'anglais, mais elle etait charmante et nous sommes repartis avec une photo de famille devant son etablissement. A voir ici.
11 novembre 2008
Himeji, "ze casteul" de la princesse japonaise
Après cette belle matinée au Horyu Ji, nous avons repris la route pour atteindre Himeji, un des rares châteaux forts de la période Edo reste intact après la seconde guerre mondiale. Ainsi, c'est ce château que l'on voit dans les feuilletons et films parlant de cette époque, comme Ran de Kurosawa. Pour motiver Romane, je lui ai explique que nous allions visiter le château de la princesse japonaise. Elle était encore plus contente lorsqu'elle a vu des affichettes représentant Hello Kitty en kimono devant le château. Malheureusement, je voulais lui en ramener une pour afficher dans sa chambre mais je n'en ai pas trouve en vente.
Nous avons eu la chance de bénéficier d'un service de guide gratuit en anglais : un jeune homme charmant et très patient avec nous qui devions driver la puce parmi les centaines de visiteurs en ce beau dimanche ensoleille. Lorsque nous l'avons présenté à Shin, Romane a tout de suite switche sur l'anglais, montrant du doigt l'édifice en s'écriant "ze casteul!". Il ne me semble pas lui avoir appris ce mot, cela doit venir de l'école.
L'édifice est impressionnant de majesté, surtout pare de blanc ainsi (raison pour laquelle on l'appelle aussi le Heron). Le guide nous a explique qu'il y avait en gros deux couleurs de château, noir sur l'est de l'ile, blanc sur l'ouest. D'après lui le blanc signifierait aussi l'allégeance au shogun. Il nous a ensuite guide a travers cours et coursives jusqu'au donjon. L'approche de ce dernier est truffe d'impasses, destinées à désorienter l'adversaire. Le donjon lui même, construit de bois (ainsi les cuisines sont séparées pour éviter l'embrassement), n'était pas un lieu d'habitation mais de stockage de vivres, d'armes et bien sur de garnison. Comme en Europe, de nombreuses meurtrières et trappes permettaient de décocher flèches et pierres sur l'assaillant. Ici aussi on nous a parle d'huile bouillante... mais que ce mythe a la vie dure ! l'huile était bien trop précieuse pour être ainsi utilisée !
Dans le donjon, on se déchausse pour le gravir : les escaliers sont raides, oubliez la poussette. Nous avons tenu Dorian aux bras. Une écharpe aurait été confortable, mais moins pratique pour se passer le saucisson de l'un à l'autre. Un porte bébé dorsal n'aurait pas convenu, bébé se serait cogne la tête sur les plafonds à l'approche du palier. Arrives au sommet, c'était l'heure du gouter : dans un coin tranquille j'ai donne la tétée à Dorian, voila un lieu d'allaitement inédit ! Du haut du donjon, qui reste l'édifice le plus élevé de la ville, la vue est impressionnante : effectivement on voit les ennemis arriver de loin. Et c'est assez étonnant de voir depuis un édifice ancien la ville moderne en contrebas.
J'avoue ne pas avoir retenu grand chose des propos du guide, très occupée a driver Romane. Celle ci a été assez disciplinée, heureuse de pouvoir courir sur les beaux parquets de bois, et n'a pas montre de signe de fatigue a l'ascension. C'est sur une petite fille aussi énergique c'est crevant, mais c'est quand même pratique. En tout cas elle a bien mérité sa glace au chocolat une fois ressortis du château...
La nuit tombée, nous nous sommes rendus dans le business hôtel que nous avions réservé, pour avoir la désagréable surprise d'avoir une chambre "fumeur". Aucune autre chambre n'étant disponible, notre seule compensation a été un flacon de Febreze pour degager l'odeur. Super. Un conseil donc lorsque vous reservez un business hotel, pensez bien a preciser non fumeur. Nous avons dine de viande grillee par nos soins dans un "family restaurant" (pas le choix gastronomique, mais quand meme plus pratique pour les enfants) et nous avons roule un peu dans cette ville. C'etait samedi soir, de nombreux mariages avaient eu lieu car nous avons repere beaucoup de japonais ceremonieusement vetus et affubles de leur "goody bag" (les maries offrent des cadeaux en echange de l'enveloppe amenee par chaque invite). Nous sommes d'ailleurs passes devant des fausses chapelles enooooormes (je pense que c'est un truc de province, car je n'en ai pas vu a Tokyo), ca ressemblait un peu à Las Vegas ! dommage que j'ai laisse mon appareil photo à l'hotel....
23 octobre 2008
Nico a Nikko
(Cela faisait des mois que j'attendais ce titre. Voila, c'est fait. On s'amuse de peu, non ?)
Arrives avec 30 minutes de retard sur notre programme, parce que nous aimons bien cafouiller avec le GPS et se tromper d'autoroute, je m'apprête a sortir de la voiture:
- Chéri, tu m'aides a mettre Dorian dans l'écharpe sur mon dos ?
- Oh non, on a qu'a prendre la poussette.
- Mais, chéri, on m'a dit que Nikko c'était vraiment pas possible avec une poussette....
- Rhooooo, on va s'embêter tout le temps avec l'écharpe. Va, je porterai la poussette...
- Hem OK, mais on prends quand meme l'echarpe dans le sac....

Notez l'effort pour sourire, alors que c'est au moins la 300e marche qu'il gravit pendant l'apres midi !
Nikko est un ensemble de sanctuaires niches dans la montagne, a 2h30 de route au nord de Tokyo. Nous n'y avons passe qu'une journee, arrives a midi et repartis a 17h30 : juste assez pour voir l'essentiel, et tout particulierement les sanctuaires renfermant les cendres de deux shoguns Tokugawa : Ieyasu, le premier shogun Tokugawa, et son petit fils Iemitsu. En Europe, nous pouvons admirer le Baroque de la contre-reforme et la magnificence du Roi Soleil a Versailles. Ici au Japon ces sanctuaires sont la representation artistique, baroque et foisonnante, du pouvoir des samurai, en opposition a l'art depouille zen. Bas reliefs polychromes, frises fines et denses, dorures, monumentalite des ensembles architecturaux : tout concourt a impressionner le chaland... Mais alors que les eglises baroques me donnent le bourdon, ici j'ai ete frappe par la beaute des pavillons, et je n'ai pas du tout ete genee par l'abondance de dorures. En admirant le magnifique plafond du pavillon principal du sanctuaire dedie a Ieyasu, le Tosho-gu, j'ai meme ressenti des emotions similaires a celles ressenties lors de ma visite du Palais d'Amber en Inde.
Beaucoup de monde en ce dimanche plutot ensoleille nous accompagnait dans notre visite. On s'y fait vite en fait, car la foule est disciplinee. La ballade est tres agreable, melangeant nature et art. Et puis nous avons pu profiter des premieres couleurs d'automne. Dans une semaine environ, je crois savoir que le site se couvrira de couleur ocre et orangee...
Nous n'avons pas vu le Rinno Ji, le temple principal au Bouddhas monumentaux, que nous reservions pour la fin : nous avons trouve porte close... mais en echange nous avons visite le Musee d'Art du Tosho-gu, si peu frequente que la dame de l'accueil nous a dit et redit que c'etait le musee (et pas autre chose...) ... ou peut etre craignait elle les degats eventuels causes par une petite fille de 3 ans et demi ? car en fait de musee, il s'agit d'une maison, l'equivalent d'une sacristie, construite en 1928 et decoree par des artistes renommes. Ce que l'on voit dans ce "musee" ce sont de magnifiques panneaux coulissants, illustres avec un raffinement inegalé, le tout dans l'atmosphere, inedite pour nous, d'une maison patricienne japonaise.
Le Futura San nous a decu, contrairement a Romane qui ne voulait plus en decoller ! Dommage, si nous n'avions pas perdu de temps dans ce lieu nous aurions peut etre vu le Rinno Ji.
Autre chose qui nous a surpris, le prix assez eleve des entrees : 1300 Yens pour le Tosho-gu par exemple. Ne venez pas a Nikko les poches vides !
Allez, pour la peine, je vais creer un album rien que pour Nikko.
Vous saurez tout sur Nikko en cliquant ici.
22 septembre 2008
Kawagoe, la petite Edo
Il y a quelques jours, je vous faisais part de la requete d'une lectrice cherchant des promenades hors des sentiers battus. Et bien nous en avons fait une pas plus tard qu'hier, a Kawagoe. La ville est mentionnée dans le Petit futé ou dans le Rough guide, mais pas dans le Lonely Planet. C'est dommage, elle mérite amplement qu'on s'y arrête une journée. Située au nord de Tokyo, dans la préfecture de Saitama, Kawagoe a conserve une trentaines de bâtiments anciens, pour certains construits au 18e siècle. Compte tenu des catastrophes naturelles fréquentes au Japon, ainsi que du peu d'intérêt que port(ai?)ent les Japonais a la préservation de leur architecture, il est rare de trouver une telle concentration de patrimoine. Nombre de ces bâtisses, maisons de marchands, boutiques pour la plupart, sont situées sur une artère commerçante (qui serait bien plus agreable si elle etait fermee a la circulation...) : on les appelle les Kurazukuri, maison d'argile résistantes au feu, et généralisées apres l'incendie de 1893. (désolée, photos vraiment pas terribles, pour cause de temps pourri!)
Il y a aussi quelques bâtiments en pierre, comme on en voit peu a Tokyo...
On peut aussi y admirer une tour de guet, Toki no Kane, la tour du temps, reconstruite après le grand incendie et sonnant sa cloche 4 fois par jour : elle servait en particulier a repérer les débuts d'incendie.
Kawagoe est aussi réputée pour une petite rue truffée de pâtissiers, et en particulier pour ses douceurs a la patate douce. Moi ce que j'adore c'est voir les artisans a l'œuvre... comment ne pas craquer ? (ci dessous, des gauffres aux haricots rouges, slurp)
En fait, juste avant, nous avions craque pour des vrais desserts dans un salon de thé... malgre les 20 degres dehors j'avais craque pour ces fameux granites. Ouaip, moi j'aime bien prendre les japonais a contre pied ;o)

par contre, je n'arrive toujours pas a identifier précisément ce qu'est la poudre beige servie avec : je pensais que c'etait du sesame, mais ce n'est pas si parfume que cela...En tout cas, c'était super bon :o)
Malgre la pluie, et mon rhume ce fut une ballade très agréable. Je recommande en particulier de se procurer le dépliant présentant les maisons a voir : pour une fois, les descriptifs sont assez rigolos et donnent envie de rentrer dans toutes les échoppes.
Seul bemol a cette journee : la ville est située a 45 km, il nous a fallu 1h30 pour l'atteindre et .... 3h pour rentrer ! la partie autoroutière a 18h etait bondee de chez bondee.... Le train (depuis Ikebukuro) est donc nettement plus pratique.
27 août 2008
Indispensable
Cela faisait un moment que je vous parlais de ce livre, Le Japon contemporain, mais je n'avais encore eu le temps d'ecrire un billet dessus. Il faut dire que revenue a Tokyo, mon temps de resistance au sommeil face a un livre est de 2 min 45 en moyenne... Il me reste la derniere partie a lire, mais je ne peux plus attendre pour vous en parler. D'autant que je sais que certains de mes lecteurs sont encore en France et voudront peut etre le ramener dans leur valise.
Ce livre est une étude, rassemblant des monographies sur l'histoire politique, économique, sociale et culturelle japonaise depuis 1945. De nombreux spécialistes y ont participe, sous la direction de Jean Marie Bouissou. 500 pages certes, mais enfin une synthèse qui donne des vraies clefs de compréhension. J'avais cherche l'équivalent a mon départ en 2007, mais rien de tel : il a du sortir peu après. Les chapitres qui ont le plus retenu mon attention sont ceux traitant des yakusas, de l'agriculture et de l'urbanisme. J'ai regrette par contre le peu de place laisse a la culture moderne. Les chapitres politiques et économiques sont tres bien écrits : entre PLD et son clientelisme, les succès du MITI, la crise des années 90, tout y est pour bien comprendre le Japon d'aujourd'hui. J'ai fait beaucoup de découvertes... par exemple que les japonais ne sont pas si "moutons" qu'on le dit, en particulier dans les annees 70, ou bien le pourquoi d'une légalisation très tardive de la pilule (1999). Je vois ce pays d'un autre œil, et mon cerveau affranchi d'un certain nombre de questions récurrentes peut s'intéresser a d'autres sujets... Pour la plupart des chapitres le style est clair, très sciences po. J'ai juste sérieusement cale sur le thème du nationalisme japonais, voila un auteur qui écrit avec ses pieds!
En principe, on se refile les bouquins dans la famille... sur ce coup mon pere a du s'acheter son propre exemplaire : le mien est avec moi, sera lu par Nicolas et me servira de reference pour des prochains billets de blog.
Une lecture très chaudement recommandée a tout (futur) expat.
Le Japon Contemporain
sous la direction de JM Bouissou, edition Fayard
13 mai 2008
Pour ceux qui aiment l'histoire...
ou simplement briller dans les diners parisiens... cliquez ici.

































