28 septembre 2007
Pourquoi s'expatrier ? 2e partie
Dans l'épisode précédent, j'expliquais comment l'idée nous était venue de nous installer au Japon. L'attraction vers le pays d'accueil est certainement plus importante que l'envie de quitter le pays d'origine. Cependant, c'est interessant de s'y pencher, surtout que ce n'est pas notre première expatriation.
Si pour la première (Londres) nous sommes partis sans nous poser de questions sur notre pays d'origine, lors de notre "retour" en 2005 les perspectives ont sérieusement changé.
Déjà, nous ne sommes pas complétement rentrés : Nicolas a prolongé son séjour pour terminer son MBA, et à son issue, après pusieurs dizaines de candidatures, il n'a pas décroché un seul entretien d'embauche pour un poste à Paris. Certes, deux opportunités se sont présentées, à l'interne du groupe auquel il appartenait, mais elles n'ont pas tenu au regard de ses légitimes aspirations, tant sur le plan salarial que sur le fond des emplois proposés. Une des raisons principales de notre départ de France réside donc dans l'absence d'opportunités professionnelles.... alors même que Nicolas a de multiples contacts avec des chasseurs de têtes anglais et asiatiques et que ses compétences sont recherchées... De fait, nous ne savons même pas si un jour il retrouvera une place dans le monde professionnel français... et tout ca avec un diplôme d'ingénieur, d'expertise comptable et un MBA de premier plan (5e mondial)!
Quant à moi, j'ai repris un poste dans ma societé, l'une des plus importantes du CAC 40, en tant que conseiller RH. Et je dois avouer que le choc culturel du retour fut bien là. Attention ! je ne vais pas dire qu'il y a le paradis d'un côté et l'enfer de l'autre, bien loin de moi cette idée. Je retrouvais certaines caracteristiques de la vie professionnelle française avec beaucoup d'enthousiasme. Je retrouvais en particulier cette "Logique de l'honneur" bien française décrite par Philippe d'Iribarne, qui interesse nettement plus le cadre français à l'ensemble de son environnement et me manquait terriblement en Angleterre. Cependant, mon retour fut couplé à un nouvel état d'esprit et de nouvelles contraintes : celles de mère de famille. Dans ce contexte, je crois n'avoir jamais retrouvé l'interêt premier que je portais à ma societé et en particulier à ma division. Auparavent, les jeux d'acteurs, les intrigues entres petits chefs, les envolées syndicales, tout cela me passionnait. Or depuis mon retour, j'étais de par mon expérience anglaise beaucoup plus orientée sur les résultats de mes actions, et de par mon statut de maman, beaucoup plus détachée du théâtre de l'entreprise. Cette période de remise en question professionnelle ne m'amenait cependant pas à envisager de me ré expatrier... mais rendait le retour en Angleterre très tentant (malgré les difficultés de garde d'enfant là-bas).
A cela il faut rajouter trois éléments :
- les prix de l'immobilier à Paris... exhorbitants alors même que nous gagnons bien notre vie... et donc l'impossibilité de nous loger selon nos souhaits... alors tant qu'à faire pourquoi ne pas vivre carrément ailleurs...
- l'immobilisme social français, qui trouva son paroxysme lors de la crise du CPE ... il n'est pas certain que la nouvelle équipe en place parvienne à sortir la France de son encroutement, les sacrifices à faire sont trop nombreux et touchent tous les corporatismes... certes dans d'autres pays comme l'Angleterre tout n'est pas aussi bien balisé socialement (système de santé, cout de l'éducation, coût de la vie) mais au moins il y a du travail pour ceux qui veulent travailler... et sans ce dynamisme social la France, qui a pourtant beaucoup d'atouts, n'arrivera à rien...
- a cela s'ajoute la crise politique que représente le CPE puisque les administrés (ou du moins une partie de ces administrés) récusaient violemment ceux là même qu'ils avaient élu et gagnaient la bataille. J'ai été choquée de cette contestation, alors même qu'en Grande Bretagne l'action gouvernementale et le vote du parlement sont respectés, tout en permettant une expression libre des dissidences de point de vue.
Bref, on ne se sent plus à l'aise dans ce pays ... alors on part voir ailleurs...
Tout cela est un peu lapidaire, mais résume le pourquoi du départ. A l'heure où la communeauté française de Londres représente une bonne ville moyenne française, et surtout composée de jeunes diplômés, et alors même que les conditions de vie ne sont pas forcément folichonnes (loyers, système de santé, transport, climat), notre départ en expatriation et celui d'autres familles est symptomatique d'un certain malaise d'une frange de la population active. Il serait peut être temps que l'Etat français comptabilise et analyse ces flux de départ...
(le débat est ouvert, vos commentaires sont bienvenus...)
A bientôt !
Commentaires
expatriation facile pour des personnes de votre qualité
Mais à l'heure du ralentissment de l'économie mondiale et un niveau basique en anglais, je cherche à partir (seule) à l'étranger. Mon commentaire est le suivant : lorsque l'on ne dispose pas des mêmes facilités et des mêmes opportunités, nous sommes par conséquent forcés de nous soummettre au système français, tendance à devenir une société comme dans le livre d'anticipation de Welles 1984. Alors que faire? Enfin, bonne chance à vous trois.
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